Home > ECF > Vol. 21 > Iss. 2 (2009)
Abstract
Paul et Virginie est souvent considéré comme un roman à thèse maladroit, dont l'organisation narrative contredirait en partie le message philosophique, lui-même passablement confus. L'excentricité de la pensée morale et religieuse de Bernardin de Saint-Pierre peut expliquer la réputation d'incohérence idéologique qui s'est attachée à cet énigmatique apologue. La mise en relation intertextuelle de /Paul et Virginie/ et des Études de la nature éclaire en réalité nombre de difficultés de lecture celles relatives notamment aux rapports entre « nature » et « vertu », et au rôle du malheur. Le roman garde la trace d'une pensée spéculative qui s'est élaborée ailleurs et qu'il s'emploie à expérimenter, ajuster, ou remodeler. La philosophie morale et religieuse de Bernardin de Saint-Pierre est responsable dans une large mesure de l'originalité formelle de Paul et Virginie, que l'auteur range dans la catégorie de la pastorale, mais qui introduit des écarts remarquables par rapport aux canons du genre. L'intervention d'un intertexte philosophique conduit à la création d'une pastorale pathétique, accueillant le thème des épreuves de la vertu, et d'une pastorale religieuse, centrée sur la défense du déisme et sur l'idée de l'immortalité de l'âme. Elle favorise également une réorientation générique plus audacieuse qui associe la pastorale et le roman; à la différence des genres poétiques, où les personnages sont manifestement conformes au système de valeurs de l'auteur, ou en infraction avec lui, le roman suppose un « jeu » ou un décalage entre les conduites des personnages et le système évaluatif du récit tout entier; l'étude de la composante romanesque de Paul et Virginie est étroitement subordonnée à la perception des valeurs morales qui gouvernent le récit, la thèse énoncée par le narrateur constituant l'aune à laquelle les personnages doivent être jugés. Le roman de Bernardin de Saint-Pierre conduit le lecteur à mesurer la distance entre les paroles et les actes, et à relativiser dans une certaine mesure le caractère naturel et vertueux de ses héros.
Recommended Citation
Charara, Youmna
(2009)
"Pensée morale et transformations génériques dans Paul et Virginie,"
Eighteenth-Century Fiction:
Vol. 21:
Iss.
2, Article 5.
Available at:
http://digitalcommons.mcmaster.ca/ecf/vol21/iss2/5
Contributor's Note
Youmna Charara est l'auteur de Roman et politique: Approche sérielle et intertextuelle du roman des Lumières (2004), et l'éditeur de Fictions coloniales du XVIIIe siècle: Ziméo; Lettres africaines; Adonis ou le bon nègre, anecdote coloniale (2005).
