•  
  •  
 

Abstract

Dans L'Abbé Prévost. Labyrinthes de la mémoire, Jean Sgard, étudiant les rapports entre l'histoire et le roman chez Prévost, bouleverse une idée reçue pour ce qui concerne Manon Lescaut. Il enlève l'Histoire du Chevalier Des Grieux à la Régence à laquelle le roman est depuis longtemps associé. Il situe plutôt les épisodes du roman avant 1715; seul celui du Nouvel Orléans correspondrait au temps de la Régence. Le monde du Chevalier n'est pas celui du «Système»: «monde de l'argent, du plaisir et de la corruption». Non, Prévost ne peint pas le Paris qu'il a lui-même connu. II place ses personnages à la fin du règne de Louis xrv. Sgard soutient son hypothèse par un réseau de références et de dates, poursuivant, par la preuve, un doute esquissé chez Michelet qui s'inquiétait: «trouve-t-on par moment le vif élan d'esprit, l'essor vers l'avenir qui caractérise l'époque dans les Lettres persanes? Non, nul amour de la lumière. Cette désolée Manon regarde moins l'aurore que le couchant. Elle appartient surtout à la fin de Louis xiv». Pour Sgard, la matière prévostienne s'attarde sur l'immoralité publique de la fin du Grand Siècle. Prévost donnerait un tableau de la déchéance qui gagne les milieux aristocratiques. À cet égard, le critique rappelle les constatations des moralistes (Saint-Simon, La Bruyère) et le théâtre (Regnard, Lesage, Dancourt): Prévost offrirait une suite secrète à cette veine. Il serait facile d'arriver a certaines assimilations avec l'époque de Philippe d'Orléans, mais le critique est catégorique: «Aucune des allusions historiques du roman ne s'oppose en fait à ce que l'histoire se place entre 1712 et 1716; toutes concourent à nous donner l'impression d'une époque de crise, d'un effondrement des valeurs et des illusions; et cet effondrement est caractéristique, pour le romancier, de la fin du règne de Louis XIV».

Share

COinS